VOYAGE DANS LES HAUTS PLATEAUX (Février 2012)

QUATRIÈME VOYAGE DE PROSPECTION (depuis novembre 2011) SUR LE LIEU D’IMPLANTATION DE MAISON CHANCE À LA CAMPAGNE

Du 04 au 08 février dernier, le bureau de projets de Maison Chance a organisé un voyage de prospection dans les provinces de Binh Duong, Phuoc Long – Binh Phuoc, Dak Nong et Dak Lak dans le but de chercher à comprendre les besoins de ces régions, de visiter des établissements sociaux afin d’en savoir plus sur leurs modes de fonctionnement ainsi que sur la vie des personnes défavorisées.

Les participants à ce voyage étaient Tim – la fondatrice de Maison Chance, McFreddy – photographe, Cuong – assistant de Tim et Clara Ribeiro – la présidente de la Fédération Internationale Maison Chance.

Nous sommes partis de Saigon à 13h le 04 février. Nous pensions nous arrêter à Phuoc Long car nous ne connaissions pas l’état des routes. Finalement nous avons pu continuer jusqu’à Gia Nghia, Dak Nong. Nous avons quand même rencontré quelques difficultés sur les mauvais tronçons de la route, mais cela nous a permis d’admirer des paysages de montagnes et de lacs magnifiques que nous ne pensions pas pouvoir contempler avant notre départ.

Nous sommes arrivés à Gia Nghia vers 20h. Cette ville est située à 500m d’altitude et l’air est très frais mais agréable à cette période de l’année. Ce centre urbain a été créé il y a environ 6 ans et est devenu le chef-lieu de la province de Dak Nong, une province créée en 2004 après sa séparation d’avec la province de Dak Lak.

Nous avons choisi un hôtel près du centre et rapidement cherché un endroit où manger avant que Tim et Clara ne commencent leur conférence call avec la Fédération. A la fin de cette première journée, tout le monde était un peu fatigué à cause du long voyage.

Le lendemain matin, la chaleur à Gia Nghia était douce. Nous nous sommes installés à un café au bord de la route afin de goûter le café des hauts plateaux. Le café est délicieux dans cette région.

Les habitants ici vivent surtout de l’agriculture. Ils cultivent des caféiers, des hévéas, des patates douces, des anacardiers, des poivriers et ils élèvent des vaches et des chèvres.

Nous avons poursuivi notre voyage vers Buon Ma Thuot. La route était bien meilleure. En chemin, nous avons fait halte au Centre social de Dak Nong mais il s’agissait en fait d’un bureau de représentation et non pas d’un établissement qui aide les personnes défavorisées. Les orphelins, les personnes handicapées, les malades mentaux de la province de Dak Nong sont envoyés à Buon Ma Thuot, l’étape suivante de notre périple. La province de Dak Nong a une superficie de 6 514,5 km², compte 489 442 habitants, une grande ville et six districts mais elle n’a pas encore d’établissements adaptés aux besoins de ses habitants.

Sur la route pour Buon Ma Thuot, nous avons dépassé la ville de Dak Mil. Distante de 60 km de Gia Nghia, Dak Mil se situe en moyenne à 500 m au-dessus du niveau de la mer. La région du nord a une hauteur moyenne de 400 à 600 m et la région du sud de 700 à 900 m. Dak Mil a toutes les infrastructures de base : l’électricité, des routes, un système de santé. Les conditions de vie de la population se sont bien développées. C’est pourquoi nous n’avons pas fait halte dans cette ville.

Nous nous rapprochions de plus en plus de Buon Ma Thuot dont nous pouvions apercevoir les faubourgs devant nous.

Buon Ma Thuot a été créée il y a environ 100 ans. La ville a une superficie de 377,18 km² et se situe à une hauteur de 500m. La particularité de la ville est que les 340 000 personnes qui y vivent appartiennent à 31 ethnies différentes : 85,04% sont de l’ethnie Kinh et les 14,96% restants sont d’autres minorités (dont 10,91% de l’ethnie Ede).

Le premier endroit que nous voulions visiter était le Centre social de la province de Dak Lak qui se trouve dans la ville de Buon Ma Thuot. Nous sommes d’abord arrivés dans une antenne de ce centre qui accueille environ 50 enfants orphelins et défavorisés mais qui n’a que 8 personnes pour s’occuper d’eux. Le centre a assez de moyens matériels car il se trouve au centre ville et en face d’une école. Après la visite nous avons discuté avec les employés et les enfants et ils nous en ont plus appris sur le Centre social principal de la province de Dak Lak, qui est plus grand et qui se trouve aussi à Buon Ma Thuot.

Le reste de la journée, nous l’avons passé dans le district de Buon Don distant de Buon Ma Thuot d’une vingtaine de kilomètres où il y a un parc naturel avec beaucoup d’éléphants. Un éléphant passe quotidiennement environ 16 heures à chercher sa nourriture et se repose entre 3 et 5 heures. Les adultes dorment debout alors que les jeunes se couchent parfois. Malgré leur masse importante, les éléphants sont de bons nageurs. Ils aiment nager et ce même dans la mer.

Ils adorent prendre des bains de boue qui protège leur peau du soleil et les garde au frais. Elle repousse aussi les insectes dangereux. Ils utilisent leur trompe pour prendre leur nourriture qu’ils introduisent dans leur bouche. Les éléphants sont herbivores. Leur trompe leur permet d’attraper les feuilles et les branches en hauteur. Quand la nourriture se fait rare, ils utilisent leurs défenses pour déraciner les arbres.

Les éléphants sont des animaux utiles et très amicaux avec les humains. Depuis des milliers d’années, les éléphants sont domestiqués pour effectuer des travaux en forêt, pour le labourage et aussi comme attraction lors de festivités. Ce sont des animaux intelligents qui peuvent apprendre et retenir rapidement des choses simples. Dans la région du Sud-est asiatique, les éléphants sont utilisés pour les travaux forestiers qui ne peuvent pas être réalisés par un bulldozer ou un tracteur. Tim projette de soigner et nourrir des éléphants pour les utiliser pour soigner les personnes handicapées dans le cadre du projet Maison Chance en zone rurale.

Buon Don est le lieu privilégié des chasseurs et des dompteurs d’éléphants sauvages au Vietnam. Ils étaient connus dans toute l’Asie méridionale. Mais maintenant, au Vietnam, l’éléphant est encore un outil de travail ainsi qu’un animal de compagnie pour les minorités. Cette région a d’ailleurs instauré une journée de l’éléphant récemment.

Buon Don est considéré comme le royaume des éléphants dans la province de Dak Lak. C’est l’endroit où il y a le plus d’éléphants sauvages et domestiques au Vietnam (environ 80 – 110 éléphants sauvages et 61 éléphants domestiques). Ce nombre est en baisse et le danger que les éléphants ne deviennent une légende est bien réel.

En plus du travail de prise en charge des éléphants domestiques, il existe tout un réseau de connaissances, d’activités culturelles autour de l’éléphant. On peut parler d’une véritable « culture » de l’éléphant. Mais la déforestation intensive rétrécit de plus en plus l’espace vital de ces animaux, de même que l’arrivée de groupes de migrants et le bruit fait par les machines dans la forêt. Tout cela affaiblit les éléphants sur le long terme.

Le lendemain, nous nous rendons dans la région de Buon Don à la recherche du parc naturel Ban Don. Les routes d’accès sont très belles, les champs verts s’étendent à perte de vue, de tous côtés il y a des lacs et des montagnes, des cigognes blanches s’envolent en créant devant nos yeux un tableau campagnard extraordinaire. Le parc a su garder le caractère sauvage de la forêt. Lorsque nous arrivons à l’entrée du parc, nous constatons qu’il est fermé pour cause de travaux. Nous apprenons que les éléphants ont été relâchés dans la forêt depuis 2 ou 3 mois et qu’ils seront reconduits dans le parc en mai. Nous sommes déçus mais nous sommes aiguillés vers le parc Cau Treo (Parc du Pont suspendu) qui n’est pas très loin.

A peine entrés dans le parc, nous voyons des éléphants. Mais ces éléphants sont là pour les touristes. Ils en transportent 2 ou 3 sur leur dos et leur font visiter le parc. Ces éléphants ont été domestiqués pour travailler. La journée, les éléphants travaillent dans le parc et le soir ils doivent marcher environ 7km pour retourner à leur lieu de repos dans la forêt. Les gens du voisinage disent que les éléphants n’ont qu’un temps de repos très restreint car la nuit ils doivent encore transporter du bois.

Nous continuons ensuite à admirer le magnifique paysage du parc Cau Treo. Le pont suspendu est très long et il y a de nombreux affluents au nord qui se jette dans le rivière Serepok. Cette rivière est composée de deux affluents qui coulent en parallèle avant de se rejoindre. Un des affluents est boueux alors que l’autre est d’une transparance incroyable toute l’année.

Après avoir traversé le pont suspendu, nous nous arrêtons dans un restaurant pour nous reposer et manger car nous sommes tous fatigués. Nous dégustons une spécialité de riz des Hauts-Plateaux avec de délicieux poissons de la rivière Serepok et nous essayons une bière locale qui porte le nom de cette rivière de légende.

A la tombée du jour, nous disons au revoir à la rivière Serepok et à la région de Ban Don pour retourner passer la nuit à Buon Ma Thuot.

Le lendemain, nous avons rendez-vous au Centre de l’Espoir géré par le Ministère de l’Education et de la Formation professionnelle de la province. Ce centre est très grand et bien équipé. Il propose une orientation professionnelle aux enfants handicapés. Malheureusement, nous arrivons au temps de midi et nous ne pouvons donc pas voir les activités des enfants mais nous apprenons que le centre prend en charge et oriente environ 200 enfants ayant une déficience visuelle ou auditive, atteints d’autisme ou handicapés. Parmi eux, il y a 95 enfants qui sont logés sur place car leur famille est pauvre. Le plus jeune a 16 ans. Les enfants sont formés à la mosaïque en bois et à réaliser des fleurs. Après leur formation professionnelle, ils reçoivent de l’aide pour trouver du travail à l’extérieur.

N’ayant pas beaucoup de temps parce que Tim et Clara ont leur vol de retour à Saigon à 18h, nous devons dire au revoir au Centre l’Espoir et nous rendre au centre principal du Centre social de la province de Dak Lak qui n’est pas très loin.

Le Centre social se situe à environ 500m de la route principale dans un large espace vert. Fondé en 1990, le centre est géré par le Ministère du Travail et des Affaires sociales de la province de Dak Lak. Il emploie 64 personnes et prend en charge 135 orphelins, 59 personnes âgées, 19 personnes lourdement handicapées et 112 patients ayant un problème psychiatrique. Il y a aussi 8 sans-abris qui sont secourus par le centre.

Les employés nous font d’abord visiter la zone des personnes âgées et des enfants handicapés. C’est là que nous rencontrons Thang qui est très éveillé et parle très bien. Nous pensons tout de suite qu’il est très intelligent et qu’il peut apprendre vite. Cependant, les infirmières nous expliquent qu’il lui est difficile d’apprendre car sa mémoire n’est pas bonne.

En échangeant avec le personnel, nous apprenons encore que ce centre n’a pas de kinésithérapeute permanent, que les bénéficiaires sourds et les personnes âgées malentendantes n’ont pas d’appareils auditifs.

Dans l’hôpital psychiatrique, les patients les moins atteints peuvent sortir et apprendre avec les autres bénéficiaires. Nous observons qu’ils fabriquent des balais de façon très méticuleuse et appliquée. Les autres bénéficiaires fabriquent de l’encens. En parallèle, les bénéficiaires apprennent à s’occuper de cochons, de lapins, … et la culture de légumes.

Les enfants orphelins sont très bien soignés et bien pris en charge. Il y a 2 maisons pour les filles orphelines et 2 maisons pour les garçons. Ces maisons sont relativement neuves et bien rangées. Tous les enfants ne sont pas orphelins. La famille de certains connaît des difficultés ou ils sont orphelins de père ou de mère. Les enfants vont à l’école publique du 6e au 12e grade. Lorsqu’ils ont obtenu leur Bac, ils ont la possibilité d’aller à l’Université. Une fois leur diplôme en poche, ils peuvent revenir au Centre pour aider et continuer le travail des professeurs.

Bien qu’il y ait encore des manques, les bénéficiaires sont pris en charge 24h/24 et le personnel est très dévoué.

L’heure de vol de Tim et Clara approche et nous devons dire au revoir et merci aux employés du centre pour le temps qu’ils nous ont consacré. Nous remontons ensuite dans le bus pour aller à l’aéroport.

Cuong et Freddy prennent ensuite le chemin du retour vers Phuoc Long pour visiter le centre de prise en charge d’enfants des minorités ethniques géré par les Sœurs de la paroisse de Long Dien.

Après un long chemin de Dak Lak à Binh Phuoc, nous nous arrêtons vers minuit dans un hôtel pour passer la nuit. Nous sommes encore à environ 40 km de Phuoc Long.

Le lendemain, après un trajet de 1h30, nous arrivons au centre de prise en charge d’enfants des minorités ethniques.

Le centre se trouve à environ 500m de la paroisse de Long Dien. Nous sommes accueillis chaleureusement par les Sœurs. Sœur Loan nous apprend que le centre aide actuellement environ 90 enfants des minorités ethniques. Ces enfants sont orphelins de père et/ou de mère ou ont été abandonnés par leur famille trop pauvre pour les nourrir. Ils vont à l’école publique de la première à la douzième année. Après le Bac, les enfants peuvent aller à l’Université ou entrer au couvent s’ils le désirent. Chaque jour, les enfants qui sont au Collège doivent pédaler 14 km pour arriver à l’école.

Après les heures de classe, les enfants aident les Sœurs au jardinage ou au décorticage des noix de cajou pour les propriétaires terriers des alentours. Les conditions matérielles ne sont pas très bonnes et il y a beaucoup de manques. Les tables de la salle à manger sont endommagées et pleines de trous mais elles sont quand même utilisées comme tables pour la classe. Le steamer pour faire à manger est cassé mais il n’y a pas encore les fonds pour le réparer. Ainsi, parfois les enfants mangent du riz cuit et parfois du riz encore cru. Les toits des maisons sont en mauvais état et lorsqu’il pleut, il y a toujours des fuites et le sol de la maison s’affaisse à certains endroits. Sœur Loan nous confie encore qu’il est difficile de trouver de quoi nourrir quotidiennement les enfants et elle aimerait pouvoir rénover le centre. Les sœurs sont tristes parce que durant la saison froide, les enfants tombent très facilement malades à cause des mauvaises conditions matérielles.

Chaque semaine, les Sœurs parcourent les environs pour apporter leur aide à des personnes des minorités. Elles leur donnent de la nourriture et des médicaments et voient s’il y a de nouveaux enfants qui auraient besoin d’être pris en charge. Sœur Loan nous explique que les personnes des minorités ethniques vivent en autarcie, renfermé sur eux-mêmes et ils cachent leurs malades. Il est donc très difficile de les aider. Une fois la visite terminée, nous avons une bonne idée de la situation d’ensemble et nous pouvons repartir.

Nous rentrons donc à Saigon avec plein de souvenirs et une meilleure connaissance de la situation dans la région des Hauts-Plateaux. Nous avons appris beaucoup de choses sur la situation des personnes en difficultés et ces données nous permettrons de continuer notre travail d’aide et de prise de ces malheureux qui n’ont pas encore rencontré leur « chance ».

Février 2012