Le destin brisé d’un adolescent plein d’entrain. Une bénévole témoigne.A Maison Chance, Tân faisait partie de la famille. Handicapé, orphelin, il est mort à 17 ans. Il laisse un grand vide.

Il existe au Vietnam une médecine de pointe, comparable à celle qui se pratique en Europe. Mais elle n’est pas accessible au commun des mortels. A l’hôpital Cho Ray, où Tân a été transféré en urgence, les couloirs sont remplis de blessés sur des brancards.

Les malades sont parfois deux par lit. A la foule des patients s’ajoute celle des membres de leurs familles qui viennent leur apporter leurs repas, et se relaient à leur chevet, dormant parfois sous les lits. Lorsqu’un patient a une crise, il faut parfois attendre plus de dix minutes pour voir arriver un médecin ou une infirmière.

Duy Tan

C’est à la fin de l’année, à la suite d’un accident cardiaque, que Tân a commencé à souffrir d’une insuffisance respiratoire sévère. Il a donc dû être placé sous assistance respiratoire. L’équipe médicale de Maison Chance s’est relayée nuit et jour pour l’aider à respirer au moyen d’une pompe à main qu’il faut actionner toutes les trois secondes.

Le 31 décembre, il a été transféré aux soins intensifs où il aurait dû être depuis le début. Là, les équipes de Maison Chance ont passé leur réveillon à ses côtés pour actionner le respirateur. Tân a encore survécu trois semaines, avec une infection pulmonaire qui allait en s’aggravant.

Tân avait 11 ans quand il est arrivé à la Maison Chance. Il souffrait d’une insuffisance motrice cérébrale. Il avait des difficultés à marcher et présentait également des syncinésies (mouvements incontrôlés de la tête). Au début de l’an dernier, comme son état s’aggravait, un médecin a préconisé une opération. Mais l’opération a mal tourné. Tân est devenu tétraplégique. Toute cette année a été un constant aller et retour entre la Maison Chance et les hôpitaux de Saigon.

Ses parents adoptifs ont finalement pris la décision de le ramener chez eux, à Long An, à une soixantaine de kilomètres de Saïgon. Les bénéficiaires et les membres du personnel de Maison Chance qui sont allés le voir là-bas ont compris que cette visite serait la dernière. Il s’est éteint le 21 janvier à 12h40. Il avait dix-sept ans.

A l’enterrement de Tân, il y avait beaucoup de fauteuils roulants. L’Association Maison Chance avait loué un bus pour permettre la venue de toutes les personnes qui ont partagé avec Tân les cinq années qu’il a passées dans le foyer de l’association. Pour les uns, Tân était un petit frère, pour d’autres un cousin, un ami ou un neveu. Pour tous, c’était le petit luron. Il aimait rigoler. C’est un membre de la famille qui nous a quitté.

Tân a été enterré dans un cimetière situé au bout d’un petit chemin, au coeur des rizières de Long An. Les bénéficiaires de Maison Chance ont été à ses côtés jusqu’au bout. Nous ne pouvons rien changer au fait qu’au Vietnam, il faut être riche pour avoir droit à une prise en charge médicale efficace. Tân a eu plus de chance que beaucoup de ses pairs, car il a été entouré jusqu’au bout, alors que d’autres sont simplement abandonnés à leur destin. Mais ce n’est pas vraiment une consolation.

Justine Le Mauff