L’espoir retrouvé après un abandon familial

Quand j’avais 11 mois, mes parents ont divorcé et je suis allé vivre chez mes grands-parents.

A 13 ans j’ai quitté l’école car mes grands-parents étaient trop pauvres pour payer mes études. A partir de ce moment-là, je devins effectivement un enfant de la rue.

Je suis allé à Saigon pour trouver du travail et j’y ai appris la mécanique. J’ai trouvé du travail mais je n’ai pas eu beaucoup de chance. En travaillant sur un chantier de construction, je suis tombé d’un échafaudage et je me suis cassé la colonne vertébrale. Mon employeur m’a donné 14.000.000 VND (à peu près $US 900) de dédommagement. Je suis allé à l’hôpital pour me faire traiter, mais cette somme a rapidement été dépensée. Je n’avais personne pour m’aider à ce moment-là, j’ai donc fait appel à mes parents. Quand ma mère a appris la nouvelle, elle est venue à l’hôpital où elle s’est occupée de moi pendant 7 jours en attendant l’arrivée de mon père. Lui, il ne resta que 3 jours et m’a laissé aussi. A ce moment-là, je voulais vraiment mourir.

Après 21 jours, il ne me restait plus d’argent et j’ai dû quitter l’hôpital bien que je n’étais pas encore remis de mon accident. Heureusement, une dame japonaise m’aida à entrer dans un centre de rééducation physique par la physiothérapie. Et un docteur à la retraite m’a hébergé à Tây Ninh (à 125 km d’Ho Chi Minh Ville). C’est à ce moment que je me suis rendu compte que je ne marcherai plus jamais. Comme je passais la plupart du temps assis, je développais des escarres très graves.

TuanMais je n’avais pas les moyens pour me faire soigner. Heureusement, la dame japonaise est revenue au Vietnam et m’a retrouvé. Elle m’a ramené à Saigon pour entrer à l’hôpital. Cependant, l’hôpital refusa de m’admettre car je leur devais encore de l’argent depuis mon dernier séjour. La dame japonaise réussit à les convaincre de m’admettre, mais elle ne pouvait pas s’occuper de moi à long terme.

C’est pendant ce séjour à l’hôpital que j’ai entendu parler de Maison Chance. J’ai fait une demande d’admission et j’ai rencontré Tim. Elle m’a écouté attentivement et elle m’a accepté. A Maison Chance j’ai été traité pour les escarres et je pouvais discuter avec d’autres handicapés comme moi. Cela m’a donné le courage de continuer à vivre. Ensuite, j’ai appris à peindre.

A Maison Chance j’appelle Tim «Maman Tim». Elle est une étrangère mais elle s’occupe de nous comme si on était ses frères et sœurs, ou ses enfants. Elle a consacré tout son temps et toute sa vie à aider les handicapés et les orphelins au Vietnam.

Comme Maison Chance est devenue trop petite pour accepter d’autres handicapés comme moi, Maman Tim est allée à l’étranger pour solliciter de l’aide pour construire le Centre Envol, un centre de formation professionnelle pour les handicapés ainsi qu’une école pour les enfants défavorisés du quartier.

Et ce n’est pas tout. Maman Tim se soucie des conditions de logement de ceux qui travaillent au Centre Envol et n’ont pas accès à des logements adaptés aux handicapés.

Pour eux, elle a imaginé le projet de Village Chance, qui prendra en compte les besoins des handicapés. Bientôt il nous sera possible de louer des logements fonctionnels à des prix raisonnables.

J’ai pensé à mes parents en écrivant ces quelques lignes, et je me suis mis à pleurer. Mes parents m’ont abandonné et ils ne se sont même pas souciés de savoir si j’étais mort ou vivant. Alors que Tim, une étrangère, a ouvert ses bras, m’a accepté et m’a aidé à apprendre un métier avec lequel je peux gagner ma vie. Du fond de mon cœur je la remercie et je remercie tous ceux qui, à l’étranger, apportent leur aide à Tim et à Maison Chance.

Nguyen Duc Tuan